DRAPEAU DANEMARK

L’anglais, langue de substitution? L’exemple du Danemark

Avec une langue à très faible rayonnement, le Danemark se tourne vers l’anglais. Si la démarche pouvait paraître légitime, les Danois sont aujourd’hui dépassés par une logique qui   pourrait les conduire à un abandon ou une disparition de leur langue. 

 

Même à l’échelle d’une Europe pourtant morcelée le Danemark reste un pays relativement petit : 5,5 millions d’habitants et une superficie équivalente à celle des Pays-Bas.

Mais contrairement à son voisin, le royaume ne dispose d’aucun territoire ultra-marin lui permettant d’élargir son espace linguistique. Et ce ne sont ni les Féroé ni le Groenland, tous deux dotés d’une large autonomie ni encore moins l’infime minorité danoise en Allemagne qui pourraient étoffer cette base linguistique.

S’ajoute à cela une politique linguistique très libérale, « tout interventionnisme dans ce domaine étant considéré comme inutile voire suspect » (1). Si le danois est la langue maternelle de 92 % de la population, il n’est langue officielle que de facto, son statut juridique n’étant défini, contrairement par exemple à la France, ni dans la constitution, ni même dans une loi.

Le royaume présente donc ce que l’on pourrait définir comme des facteurs de fragilité qu’une relative proximité avec le Royaume-Uni et une appartenance à la famille des langues germaniques ne peuvent que renforcer.
Car c’est bien en ces termes que le problème se pose.

Depuis de nombreuses années, les observateurs signalent une intrusion de l’anglais allant bien au-delà des traditionnels mécanismes d’emprunt. Et les termes de « quasi-effacement » (1) ou « substitution » (2) reviennent maintenant avec insistance.

Jusqu’à l’absurde : le choix d’une autre langue

On observe en effet un recul progressif du danois dans des domaines aussi essentiels que l’enseignement, la consommation ou les services publics, pour ne citer que les principaux.

La langue d’enseignement à l’école publique est le danois avec l’anglais LV1 obligatoire bien entendu. Mais le processus tend à s’inverser dans le privé, pourtant en partie subventionné par l’État, où l’anglais peut, selon les écoles, devenir langue d’enseignement et le danois langue seconde obligatoire !

Le pas semble franchi dans le supérieur où l’on se dirige vers une généralisation de l’anglais avec des taux dépassant, selon les cursus, les 50 %, les programmes de doctorat utilisant exclusivement l’anglais. D’où un risque de fracture, peut-être dores et déjà consommée, avec des praticiens ou des spécialistes formés à la seule terminologie anglaise et incapables de transmettre dans leur propre langue certaines informations, peut-être les plus essentielles, à leurs clients ou à leurs patients.(1)

Plus inquiétant est l’effacement du danois au quotidien dans les services publics ainsi que dans des secteurs pourtant dépourvus de tout enjeu à caractère international. C’est le cas notamment de la consommation où caractéristiques des produits et notices d’utilisation ne sont souvent disponibles qu’en anglais ou des offres d’emploi systématiquement rédigées en anglais.
Cas absurdes, mais désormais généralisés, d’entreprises danoises recrutant en anglais des employés danois pour un travail au Danemark.(1)

Et force est de constater que la mobilisation ou la prise de conscience semblent très relatives entre des recommandations, somme toute minimalistes, ne tendant qu’à une «reconnaissance» (sic) du danois aux côtés de l’anglais, jusqu’à un premier ministre persévérant, malgré la qualité des services de traduction, à n’employer que l’anglais et non sa langue au parlement européen.

Un glissement similaire observé aux Pays-Bas

Comme chez le voisin, la proportion de matières enseignées en anglais dans le supérieur ne cesse d’augmenter pour dépasser aujourd’hui les 60 %.

Mais c’est sans doute l’état d’esprit des principaux intéressés qui inquiète le plus, tant de la part des grandes universités – voir les déclarations, très étonnantes de la part de responsables universitaires, semblant prôner un abandon pur et simple de leurs langues nationales – (3) que des étudiants eux-mêmes, désertant les filières de littérature et civilisation néerlandaises, en un mot, leur propre culture.
Avec deux cents étudiants inscrits en littérature néerlandaise, les cursus commencent à fermer. Autres conséquences, une déperdition des connaissances et des facultés créatrices dues au fait d’étudier et raisonner dans une autre langue que sa langue maternelle ainsi qu’une disparition progressive du fonds documentaire existant en langue néerlandaise.(4)
Sans même évoquer, là encore, une fracture pressentie entre une élite diplômée et le reste de la population.

Avec un espace néerlandophone et un réseau universitaire étendus, les Pays-Bas paraissent cependant mieux armés que leur voisin scandinave.

Pourtant, chez l’un et l’autre, tout comme en Suède, en Norvège et en Finlande, la pénétration de l’anglais devient de plus en plus marquée. A tel point qu’on observe et pour ne plus s’en tenir qu’aux seuls danois ou néerlandais, une perméabilité croissante des langues des pays nordiques à la langue de Shakespeare.

Il est maintenant de plus en plus fréquent  que lorsqu’un suédois, un norvégien ou un finlandais ne connait pas, ou plutôt ne connait plus, un mot de sa propre langue, il ait recours à un vocable anglais !

Yvon Pantalacci – Juillet 2019

(1) Université Laval – L’aménagement linguistique dans le monde. Octobre 2016.
(2) Claude Hagège « Contre la pensée unique » Odile Jacob 2013.
(3) Ecole royale vétérinaire du Danemark (2010)Président de l’université libre d’Amsterdam (2014)
(4) Les Echos. 27 Février 2019

 

 

 

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