les français et les langues

Les Français et les langues

On tient pour habitude, sous prétexte d’enquêtes largement relayées par les médias, de présenter les Français comme les mauvais élèves dans l’apprentissage des langues.
Rien n’est plus faux selon moi, dans un domaine où l’on aurait tout à gagner, par ailleurs, à faire preuve de davantage d’esprit critique.

Les Français ne sont pas bons en langues. Ils passent même pour réfractaires.

L’idée, relayée par la presse, est globalement admise par l’opinion publique tant elle correspond à quelque chose de déjà entendu ainsi peut-être qu’à l’image que les Français se font d’eux-mêmes.

Une enquête, en date de 2012 dite « Surveylang », chargée d’évaluer les compétences en langues étrangères au sein de l’Union européenne est à ce titre fréquemment citée (1).
Elle est celle d’ailleurs qui alimente l’essentiel des articles de presse et par voie de conséquence l’opinion ainsi que la communication gouvernementale elle-même (2).

Des indicateurs de compétence linguistique d’une fausse neutralité

15 éme sur les 16 pays ou plutôt entités administratives européennes retenues avec une « proportion d’élèves atteignant un niveau d’utilisateur indépendant (jugé de niveau B1 au regard du CECRL) de 14 % »,  la France est présentée comme en retard dans l’apprentissage des langues par rapport à ses voisins.
Le 16 éme étant l’Angleterre, ce qui n’apparaît d’ailleurs que de façon marginale, la France étant généralement présentée comme la dernière.

Compréhension à al lecture et à l'expression écrite en langue étrangère dans l'enseignement secondaire Surveylang - 2012

Le problème, c’est que l’enquête n’est abordée que par rapport à la première langue vivante enseignée, en l’occurrence l’anglais, retenue comme unique indicateur de référence. Les propositions ou commentaires sont sans équivoque : «les élèves ne lisent pas assez de livres en anglais» ou encore «les enfants ne regardent pas suffisamment de vo en anglais» …

Aucun mot pour la deuxième langue vivante enseignée où les rapports sont souvent inversés, ce qui est le cas pour la Suède qui devient alors dernier avec un niveau d’utilisateur de 4 % et la France qui, inversement, voit son classement modifié avec une langue, l’espagnol, naturellement plus favorable.

Même logique de confusion dans la presse avec la publication d’une enquête, là encore anglo-saxonne, Education First, qui examine les compétences en anglais de 72 pays et place la France au 29 éme rang  sous le titre «Pourquoi les Français sont-ils si mauvais en … langues étrangères ?» (3)

Les langues étrangères se résument à une seule, l’anglais. C’est un choix à assumer. Encore aurait-il fallu ici présenter les choses de façon claire et non sous l’angle du multilinguisme.

Si les Français ne sont pas bons en langues, autrement dit en anglais, d’autres le sont et bien meilleurs que nous.

Quatre pays d’Europe du Nord (tous de langue germanique) Suède, Pays-Bas, Danemark et Norvège sont plébiscités pour leurs compétences en « langues étrangères », on parle  de «compétences acceptables», ces mêmes pays, notamment le Danemark et à un degré moindre les Pays-Bas, dans lesquels est observé un recul, voire pour le premier, un quasi-effacement de la langue nationale au profit de l’anglais (4).

Et sans qu’il soit besoin de revenir sur le décalage parfois très marqué, nous l’avons vu pour la Suède, avec la seconde langue étrangère enseignée.

Un pays véritablement multilingue

Une seconde langue étrangère loin d’être obligatoire dans le secondaire, 20 pays dont la France en tout et pour tout, ce qui n’est le cas ni de l’Allemagne ni une fois encore de la Suède.

Et par voie de conséquence, avec ses 24 langues vivantes proposées au Baccalauréat, c’est-à-dire offertes à l’enseignement en fin de secondaire, la France ne doit pas être loin de présenter un caractère unique en Europe.

Diversité linguistique à l’image d’un pays présenté à juste titre comme multi-culturel et donc multilingue, sinon en droit, assurément dans les faits.

La France compte en effet un nombre important de bi-nationaux, le plus souvent bilingues, dont la compétence peut s’avérer par ailleurs précieuse pour des entreprises en quête de marchés internationaux, quand bien même, nous l’apprend-on, les lois du commerce seraient-elles régies par une seule et même langue. Compétence et richesse dont nos voisins scandinaves, pourtant érigés en modèles, sont généralement dépourvus.

Quant aux anglo-saxons, ils sont par définition exclus de leurs propres classements (Education First et autres …). On n’est pas sa propre référence.
Après tout, ils en ont le droit.
L’Europe entière (ou presque) parle anglais.
Résultat : 4 % des élèves inscrits en langue étrangère en fin de secondaire.
Pourquoi se compliquer la vie ?

« The Economist », le journal  de l’élite  anglo-saxonne mondialisée, semble pourtant les inviter à davantage de prudence au risque de voir s’aggraver la désaffection des entreprises et organisations internationales pour des candidats anglophones  très majoritairement unilingues.

Yvon Pantalacci – Juillet 2019

(1) Surveylang : consortium européen placé sous la coordination de l’université de Cambridge.
Rapport final, disponible exclusivement en anglais, remis à la Commission Européenne en juin 2012.
(2) «Propositions pour une meilleure maîtrise des langues vivantes étrangères». Ministère de l’éducation nationale. Septembre 2018.
(3) Notamment B.F.M TV. 27 septembre 2017.
(4) Université Laval – L’aménagement linguistique dans le monde. Octobre 2016.
www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/danemark.htm

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