Alliance Française de Chicago

Esquisse d’une francophonie en Amérique du Nord

N’aurait – on pas une image biaisée de la francophonie aux Etats-Unis, peut-être plus présente et plus influente qu’il n’y parait ?


Je reste confronté, depuis mon retour de Chicago et ma participation à la 28 ème Biennale, à un profond sentiment d’ambivalence.

Destabilisé tout d’abord ou plus simplement surpris par le caractère bilingue du vol Paris-Chicago, tout autant que par le degré d’investissement du personnel, américain, chargé de sa mise en œuvre. Le service est assuré, à la demande, en français. La totalité des annonces, de sécurité ou de confort, est répétée, ou traduite, elle aussi en français.
United Airlines fait bien les choses.
Inutile de dire que je leur en suis très reconnaissant.
D’autant que l’expérience est inédite et l’enjeu tout sauf anodin. Aucun équivalent à ma connaissance, les compagnies étrangères ne proposant au départ de Paris que deux langues, l’anglais bien sûr et la langue de la compagnie. En aucun cas le français, sur des vols ayant Paris comme départ et arrivée et comprenant une proportion évidente de francophones.

Question de principe, plus véritablement gênant, voire dangereux en cas d’incident majeur … chacun appréciera.

L’expérience en tout cas et de celles qui ne se renouvellent pas et tourne court sitôt posés sur le sol américain.

Ici une seule langue, occupant la totalité de l’espace public, malgré un espagnol présent mais en usage chez les seuls hispaniques. Le français comme chacun le sait est ici totalement, ou presque, inconnu.

Trois jours en immersion avant l’ouverture d’un colloque au cours duquel se superpose cependant et peu à peu une autre réalité.

Un colloque brillant, parfaitement orchestré par Cheryl Toman et son équipe

Les participants, comme annoncé, sont tous universitaires, linguistes, traductologues, professeurs de français F.O.S et F.LE (1) venus d’Afrique, du Maghreb (c’est l’Afrique je le concède), d’Amérique, de l’océan indien et d’Europe.

Des communications au contenu littéraire ou linguistique parfois marqué mais pouvant s’entr’ouvrir vers des réalités géo-politiques plus accessibles, comme cette intervention sur la réintroduction de l’enseignement du français au Swaziland, aujourd’hui Eswatini, autrement dit en pleine zone anglophone ou cette inattendue et très concrète allusion au concept de «guerre des langues», ici entre arabes littéraire et dialectal, berbère et français.

Colloque suivi, très suivi même, par les étudiants des départements de français des universités hôtes (U.I.C et DePaul) ou voisines, Cleveland notamment.

Une francophonie d’influence et de réseaux

Sur un plan institutionnel tout d’abord, le colloque est marqué par la rencontre avec le Consulat général de France à Chicago et l’Alliance française, chacun oeuvrant dans son domaine et ses réseaux respectifs :

Un Consulat en la personne de Guillaume Lacroix très présent, actif et influent dans les 13 états du Midwest dans un rôle de coordination et de soutien des intérêts français, entreprises et départements universitaires.

Chicago-Alliance Francaise-Francophonie
Alliance Francaise de Chicago. Y.Pantalacci. Octobre 2019

Une Alliance française, véritable moteur avec ses quelque 3 500 inscriptions à l’année, dans l’enseignement du français, la formation des enseignants et la promotion des cultures francophones et qui nous reçoit dans ses somptueux locaux du 810 Dearborn street.

 

 

Sans omettre la très discrète mais non moins tentaculaire Agence universitaire de la Francophonie (A.U.F) (2), également partenaire et représentée par son vice-recteur, Rida Abderrahmane.

Mais ce sont peut-être deux communications, l’une sur le Français sur objectif spécifique et l’autre sur l’enseignement du français de la diplomatie et des relations internationales, présentées par des profs de Cleveland et de l’Indiana voisin, qui retiennent particulièrement mon attention.

Partant du principe que 57 %, je cite, des entreprises de la région sont à la recherche de compétences linguistiques (notamment en français) les deux profs nous expliquent que l’enjeu consiste dorénavant, pour elles et leurs départements, à faire coïncider cette demande avec les formations proposées.

Recherche de nouvelles voies, conception de nouveaux programmes, en un mot mise en adéquation élaborée en étroite collaboration avec la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (C.C.I.P), une nouvelle fois placée au cœur du partenariat avec les entreprises.
Sauf qu’ici les entreprises et les universités sont celles du Midwest.

Très inattendu ballet à trois exécutants de nature à faire voler en éclats quelques idées reçues sur une langue française qui semble désormais attirer outre-atlantique non plus pour la qualité de ses auteurs (comme semble l’indiquer la relative désaffection pour les départements de littérature francophone) mais pour ce qu’elle représente dans le monde des affaires (qui l’eut dit !), de la diplomatie ou dans le domaine médical.

Une conjonction de facteurs, sous la forme d’une très improbable et pragmatique collaboration entre opérateurs américains (entreprises, universités) et français (Alliance, consulat et C.C.I.P) et qui viendra peut-être accréditer l’idée d’une francophonie de réseaux, d’autant plus efficiente qu’elle ne s’accompagne d’aucune lisibilité en surface.

Car la vocation du français n’est-elle pas finalement de s’adapter en sachant attirer «hommes et femmes d’influence» (3), issus notamment de l’entreprise et de l’Université, parfait complément ou alternative, c’est selon, à une politique du nombre ?

N’est-ce pas précisément ce qui est en train, ici, de se réaliser ?

Nous sommes le 5 octobre 2019 au domicile du consul de France à Chicago pour la clôture de la 28 éme Biennale.
Cheryl Toman et Guillaume Lacroix.

Sous ses dehors informels, un discours au contenu très institutionnel sur le français dans le Midwest.

 

Yvon Pantalacci – Octobre 2019

 

(1) Français sur Objectif Spécifique et Français Langue Etrangère  
(2) L’Agence Universitaire de la Francophonie, de droit québecois et qui siège à Montréal, est actuellement le plus grand réseau universitaire au monde avec 944 établissements établis dans 116 pays.
(3) Yves Montenay. Damien Soupart. La langue française : une arme d’équilibre de la mondialisation. Les belles lettres. 2015. 

 

Une réflexion sur “Esquisse d’une francophonie en Amérique du Nord

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